Fugoa : Le monde des thés parfumés
 
Galerie Apollinaire

Page 6 - Ebauche d’un serpent (Paul Valéry)

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« Rien, lui soufflais-je, n’est moins sûr
Que la parole divine, Eve !
Une science vive crève
L’énormité de ce fruit mûr !
N’écoute l’Etre vieil et pur
Qui maudit la morsure brève !
Que si ta bouche fait un rêve,
Cette soif qui songe à la sève,
Ce délice à demi futur,
C’est l’éternité fondante, Eve ! »
Elle buvait mes petits mots
Qui bâtissaient une œuvre étrange ;
Son œil, parfois, perdait un ange
Pour revenir à mes rameaux.
Le plus rusé des animaux
Qui te raille d’être si dure,
O perfide et grosse de maux,
N’est qu’une voix dans la verdure,
Mais sérieuse l’Eve était
Qui sous la branche l’écoutait !
...
Arbre, grand Arbre, Ombre des Cieux,
Irrésistible Arbre, Ombre des Cieux,
Qui dans les faiblesses des marbres,
Poursuis des sucs délicieux,
Toi qui poussent tels labyrinthes
Par qui les ténèbres étreintes
S’iront perdre dans le saphir
De l’éternelle matinée,
Douce perte, arôme ou zéphyr,
Ou colombe prédestinée,
...
Beau serpent, bercé dans le bleu,
Je siffle, avec délicatesse,
Offrant à la gloire de Dieu
Le triomphe de ma tristesse...
Il me suffit que dans les airs,
L’immense espoir de fruits amers
Affole les fils de la fange...
Cette soif qui te fit géant,
Jusqu’à l’Etre exalte l’étrange
Toute-Puissance du Néant !
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